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"Google serait finalement prêt a remettre en question la légendaire simplicité de sa page d’accueil pour s’adapter au marché coréen."
Se pourrait-il que la simplicité légendaire de Google, et sans doutes l'une des clef de son succès presque partout dans le monde, ne véhicule pas les mêmes valeurs en Corée ?
A ce titre, la Corée du Sud n’est pas un cas unique, même s’il s’agit de celui ou il est le plus prononcé. Le fameux moteur occupe aussi des places minoritaires en Chine et au Japon.
Quel pourrait en être la raison ? Le marché coréen ne serait-il pas mûr pour la simplicité ?
Si l’on regarde l’évolution des homepage des moteurs de recherche en Occident, d’AOL à Google, en passant par Yahoo et Altavista, il est tentant de déduire que oui, en effet ; de portails généralistes complexes, lourd et au contenu varié, voire prolifique, nous sommes arrivé a une interface minimaliste s’articulant autours d’un champ de recherche, d’un bouton d’action et d’une signature de l’identité de l’entreprise. Une évolution d’une forme très darwinienne pourrait-on dire.
Serait-il possible que Google en s’implantant en Corée ne se soit donc pas posé la question de l’adaptation de sa page d’accueil ? Peut-être.
J’ai plusieurs fois pu constater cette réaction de concepteurs face au manque d'adhésion d’un public étranger : « le marché n’est pas encore mur, il n’est pas assez développé ». Sous-entendu, ce n’est qu’une question de temps. Forcément le marché évoluera et quand il sera prêt, mon système s’imposera… Pourtant, l’Internet coréen est loin d’être juvénile.
Il me semble que les valeurs prônées par la simplicité de Google sont diablement occidentales. Rationalisme, efficacité absolue et rigueur, auquel il faut aussi ajouter un part de magie. En effet, que ce passe-t’il derrière cette interface épurée ? Quel mystère est a l’œuvre pour que, quelle que soit la question posée, une liste de réponses apparaisse en quelques dixièmes de secondes.
Google, ce n’est pas que de la technologie, ce n’est pas uniquement un algorithme hyper sophistiqué et l'un des secrets industriel les mieux gardé au monde.
Lorsque l’on teste auprès d’utilisateurs de l’Internet une liste identique de résultats d’une recherche similaire mais en alternant un branding Google et celui d’une autre marque, ce sont ceux signés Google qui sont très majoritairement considérés comme étant les plus pertinent. Pourtant, ce sont objectivement les mêmes.
C’est donc bel et bien un imaginaire est à l’œuvre.
Imaginaire de quel ordre ? Le mythe de l’Oracle peut être. Les Oracles intermédiaires sacrés permettaient aux grecs de l’antiquité d’entrer en communication avec le monde des divinités et d’obtenir des réponses. De même, Google s’est imposé comme l’intermédiaire privilégié entre l’Internet, entité impalpable, mystérieuse, un peu effrayante et un public désireux d’accéder à la connaissance.
Hors, il se trouve que dans les cultures du nord Est asiatique, la connaissance s’acquiers au cours d’un cheminement qui peut/doit être long. Ce n’est pas un bouton que l’on presse. Mais surtout, le nord est asiatique, c’est un goût, une tendance naturelle à la complexité et a l’enchevêtrement, particulièrement sensible dans la mégalopole de Séoul.
L’internet coréen en est le reflet. Il est un forum de discutions à l’échelle d’une nation, complexe et proche des gens à la foi. L’Internet n’est pas magique pour les coréens. Il est la représentation du foisonnement de vie qui les accompagne quotidiennement. Dans ce cas, point n’est besoin d’Oracle ou d’un sas à l’aspect épuré, hygiénique et rassurant pour y accéder.
La page d’accueil de Google qui s’impose a nos yeux comme une évidence apparaîtrait-elle étrange a ceux des sud coréens ? Oui, c’est probable. Et il est probable aussi qu’elle le reste (tant qu’elle n’aura pas fondamentalement changée), car elle institue une distance avec le Web au lieu de créer de la proximité.
PS: Google à d'ailleurs très récemment transformé la page d'accueil de sa version nippone en y ajoutant des liens vers ses principaux services en ligne: messagerie électronique, Gmail, YouTube... (http://www.google.co.jp) |
David SERRAULT |
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